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L'identité solognote

Par Gilles Chertier

Finalement, je crois que ce ne sont pas toujours les locaux les mieux à même de répondre à la question de savoir ce qui fait une identité régionale, et ce par simple manque de recul. Halte au feu, les Ventres jaunes, laissez-moi m’expliquer !

Je suis moi-même solognot, mais de cœur. En effet, je suis né à Argent-sur-Sauldre (« bonne terre, chtites gens », allez-y Messieurs les Cardeux, rigolez...), du « bon » côté de la Nationale 940. À Argent, cette route marque en effet la frontière entre le Berry et la Sologne. Toute ma famille est d’origine berrichonne, mais moi, je suis né de l'« autre » côté.

Au bout de quelques années de pérégrinations dans le monde, j’ai fini par me poser à Chaumont-sur-Tharonne en 1994, après avoir été gardien de propriété un an et demi à La Ferté Saint-Aubin. Un-bel-exemple-d’intégration-à-l’échelon-local, donc, huh huh.

Hier, donc, ayant un truc à demander à mon voisin, on s’est retrouvé, comme toujours, à causer un bon quart d’heure sur le pas de la porte. La porte était fermée, il gardait la main sur la poignée.

Cela m’a rappelé une anecdote racontée par mon père dans les années 70, à l’époque où il faisait alors partie de la commission du conseil municipal chargée du concours des maisons fleuries. Tous les ans, après avoir fait le tour du bourg, ladite commission finissait sa tournée par les fermes autour d’Argent. La différence entre les deux côtés de la Nationale était flagrante.

Côté Berry : « Ben, restez donc pas dehors, de c’temps-là… Vous avez ben une minute pour boire un canon ? »
Côté Sologne : pas de dialogue. Les membres de la commission se retrouvaient plantés au milieu de la cour de la ferme en espérant que quelqu’un avait remarqué leur arrivée. Un rideau bougeait quelque part derrière une fenêtre. Un moment après, la porte s’entrouvrait, mais sans plus.
« Oui ?
- C’est pour les maisons fleuries.
- Ah ! Ah ben, oui, euh, j’arrive… »
La porte se refermait quelques instant. La fermière revenait après avoir passé un tablier propre, mais… la porte restait fermée. La commission était accueillie dans la cour.

Le point de vue berrichon : cheux nous, dans l’Bêêêrry, on n’est pâs r’gardant pour payer un canon. Normal, le Berry a une terre généreuse et ses habitants ont longtemps été habitués à une certaine abondance. Donc, si quelqu’un se présentait dans la cour de la ferme, ben, pas question qu’il reste dehors de ce temps-là, qu’on soit en décembre ou en juillet. Et puis, il y avait toujours un verre qui ne demandait qu’à être posé sur la table.

Côté solognot, on n’est pas des fils à papa, en ce qui concerne la générosité de la terre. La bruyère pousse mieux que le blé. Dans la population locale, de souche, tout le monde a parmi ses ascendants des gardes-chasse ou des braconniers, voire les deux, sans parler des charbonniers qui vivaient dans des culs-de-loup, des fabricants de balais, etc. Autant de petites gens qui devaient leur subsistance au nobliau du coin. Les hommes retiraient leur casquette pour parler à Monsieur ou à Madame… Bref, si cela n’est pas typiquement solognot, la Sologne a quand même été très longtemps une des régions les plus déshéritées de France. La soumission au seigneur du coin est donc pour ainsi dire dans les gènes. Alors, forcément, on n’ouvre pas sa porte facilement…

Pour conclure, les préjugés hérités de mes origines berrichonnes n’ont pas fait le poids face à la réalité. Je trouve les Solognots plutôt chaleureux, ouverts et accueillants. Beaucoup feraient bien d’en prendre de la graine… s’ils ont une bonne terre par chez eux, on ne sait jamais, ils verront peut-être que la Sologne n’est pas si ingrate qu’on le dit…

Gilles Chertier

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