L'identité solognote Par Gilles Chertier Finalement, je crois que ce ne sont pas toujours les locaux les mieux à même de répondre à la question de savoir ce qui fait une identité régionale, et ce par simple manque de recul. Halte au feu, les Ventres jaunes, laissez-moi m’expliquer ! Au bout de quelques années de pérégrinations dans le monde, j’ai fini par me poser à Chaumont-sur-Tharonne en 1994, après avoir été gardien de propriété un an et demi à La Ferté Saint-Aubin. Un-bel-exemple-d’intégration-à-l’échelon-local, donc, huh huh. Le point de vue berrichon : cheux nous, dans l’Bêêêrry, on n’est pâs r’gardant pour payer un canon. Normal, le Berry a une terre généreuse et ses habitants ont longtemps été habitués à une certaine abondance. Donc, si quelqu’un se présentait dans la cour de la ferme, ben, pas question qu’il reste dehors de ce temps-là, qu’on soit en décembre ou en juillet. Et puis, il y avait toujours un verre qui ne demandait qu’à être posé sur la table. Côté solognot, on n’est pas des fils à papa, en ce qui concerne la générosité de la terre. La bruyère pousse mieux que le blé. Dans la population locale, de souche, tout le monde a parmi ses ascendants des gardes-chasse ou des braconniers, voire les deux, sans parler des charbonniers qui vivaient dans des culs-de-loup, des fabricants de balais, etc. Autant de petites gens qui devaient leur subsistance au nobliau du coin. Les hommes retiraient leur casquette pour parler à Monsieur ou à Madame… Bref, si cela n’est pas typiquement solognot, la Sologne a quand même été très longtemps une des régions les plus déshéritées de France. La soumission au seigneur du coin est donc pour ainsi dire dans les gènes. Alors, forcément, on n’ouvre pas sa porte facilement… Pour conclure, les préjugés hérités de mes origines berrichonnes n’ont pas fait le poids face à la réalité. Je trouve les Solognots plutôt chaleureux, ouverts et accueillants. Beaucoup feraient bien d’en prendre de la graine… s’ils ont une bonne terre par chez eux, on ne sait jamais, ils verront peut-être que la Sologne n’est pas si ingrate qu’on le dit…Gilles Chertier |